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Patrimoine









Lundi 29 septembre 2008
Accord signé entre Goro Nickel et les coutumiers




art paru dans les nouvelles calédoniennes
Un « pacte pour le développement durable » a été signé, samedi, entre les coutumiers du Sud, Rheebu Nuu et Goro Nickel. Après quelques derniers soubresauts, les trois parties ont maintenant un intérêt commun :
que l’usine démarre le plus rapidement possible.

Dans le gymnase de Goro Nickel, où les employés de la base-vie jouent au basket ou font la fête, tout le monde a sorti ses habits du dimanche. Nous sommes samedi matin, et « un grand jour » va se dérouler sous les tôles et les paniers.
Un « changement d’ère », une « révolution », une « étape historique », chacun y va de sa formule. Car dans quelques minutes, les représentants coutumiers du Sud et Rheebu Nuu seront là pour signer un armistice avec Goro Nickel, après quatre années d’opposition tantôt feutrée, tantôt violente. « Au moins, on pourra dire qu’on était là », salive un cadre de la société, appareil photo en main.
Chez l’industriel, tout ce qui compte dans la branche nickel s’était déplacé, parfois directement du Brésil. Du directeur de Goro Nickel, Michel Sylvestre, au président du groupe Vale Inco, Murilo Ferreira. Eux ne sourient pas encore trop, ils attendent l’arrivée de la délégation Rheebu Nuu-coutumiers, annoncée à 11 heures. Ils attendront. Longtemps. Deux heures trente, en fait.
«  On s’excuse pour le retard, il y a eu beaucoup d’émotion à Goro, les coutumes, tout ça  », explique André Vama, président de Rheebu Nuu. Avant de venir, «  on voulait clore le cycle là où il a commencé », poursuit-il. Seulement les derniers jours ont été un peu mouvementés. Des discussions « en interne, chez nous », ont eu lieu. Fallait-il signer la convention sur le site de l’usine ? À Unia ? Yaté ?
Nouméa ? Fallait-il une coutume de pardon, pour apaiser les esprits après des dégradations commises en 2006 dans certaines tribus ?
Le retard et ses raisons ont fait refroidir les 50 bougnas commandés pour l’occasion, mais pas l’ambiance. Comme des boxeurs après un match en 12 rounds, les deux parties s’embrassent et se félicitent. « Heureusement que vous étiez là, pour le manganèse », lâche un dirigeant de Goro Nickel. « Vale a su imposer à Goro Nickel une autre logique, sur le plan environnemental », reconnaît Raphaël Mapou.

« Nous avons vérifié qu’il n’y aurait pas de pollution irréversible » avant de signer

Une coutume menée par Hilarion Vendegou (président du conseil de l’aire Djubea Kapone) a précédé une série de discours enthousiastes. « Il n’existe pas, dans notre société, de valeur plus importante que le développement durable, a commencé Murilo Ferreira. Ce pacte apporte à la Nouvelle-Calédonie le même compromis que partout dans le monde. Bienvenue dans la famille Vale. »
Pour Raphaël Mapou, « nous avons vérifié qu’il n’y aurait pas de pollution irréversible » avant de signer. « Cet accord [participatif] montre ce dont le peuple kanak est porteur. On a l’habitude d’être servis par les institutions, plutôt que de développer nous-mêmes nos moyens et nos ressources. C’est dire le défi ! »
En attendant, « les clans et les chefferies du Sud donnent leur consentement préalable et éclairé au démarrage de cette usine », conformément à la Déclaration des droits des peuples autochtones, que la France a votée avec l’ONU en septembre 2007.
Cet accord « aurait dû intervenir tout au début [du projet], si les choses avaient été faites dans le bon sens », a rajouté Philippe Gomès, président de la province Sud.
À la fin des discours, les fameux documents ont été signés. Pour l’ouverture de l’usine, tout n’est pas complètement fini. Il reste un bois tabou à l’île Ouen, érigé contre le tuyau de rejet en mer. Il restera dressé, mais des cérémonies coutumières auront bientôt lieu pour lever l’interdit sacré.

Ce qu’il y a dans le contrat
Comme nous l’annoncions samedi, la convention s’articule autour de trois projets. Rappel des principaux engagements.

1) Une fondation
Goro Nickel créera une fondation d’entreprise (par opposition aux fondations d’utilité publique). Son conseil d’administration comprendra 3 représentants de la société, et 8 des communautés locales. L’industriel la financera à hauteur de 640 millions pour les cinq premières années, puis 160 millions par an, au minimum. Son objectif sera de subventionner des projets locaux liés au « développement participatif et durable des communautés du Grand Sud ».

2) Un comité coutumier et des techniciens locaux
Quinze coutumiers siégeront dans un « comité consultatif environnemental » financé par Goro Nickel. Grâce aux fonds de l’industriel, ils pourront demander des études et former des techniciens environnementaux « originaires des tribus ».
Ces techniciens seront recrutés et payés par Goro Nickel pour assurer un « suivi environnemental ». Ils auront accès « à toutes les données de surveillance existantes ainsi qu’aux résultats de tous incidents environnementaux ». Budget : 24 millions par an pour les études, 32 millions par an pour les techniciens.

3) Une pépinière
Un programme de reboisement sera mis en route, afin de « revégétaliser les zones dont les boisements ont été affectés par des activités ou incidents récents ou passés sans lien avec le projet de Goro Nickel » (feux, mines orphelines, zones érodées). Budget : 2,4 milliards pour six ans, puis renégociation. Le programme sera dirigé par une association créée spécialement. Des pépinières seront construites, où Goro Nickel achètera entre 250 000 et 500 000 plants par an.

4) En échange
Les deux parties s’engagent à proscrire les « actions violentes ou illégales », sous peine de remettre en cause la convention. De plus, « toutes contestations [judiciaires] entre le Comité Rheebu Nuu et Goro Nickel sont éteintes irrévocablement ». Rheebu Nuu a encore des actions en cours, notamment sur l’ancien arrêté ICPE pour le stockage des résidus.


Repères
Combien de milliards ?
Samedi, nous annoncions que les engagements de Goro Nickel atteignaient 9,8 milliards de francs sur trente ans. Il s’agissait de la somme des annonces inscrites dans la convention signée samedi. Mais le document a des annexes (statut de la fondation, du comité coutumier, etc.), et ce chiffre doit être considéré comme un « minimum », selon Raphaël Mapou. Certaines clauses de la convention lient les sommes allouées au bénéfice dégagé. De son côté, un responsable de Goro Nickel confirme et annonce une somme « plus proche des 40 milliards, sur trente ans ». L’application du pacte éclaircira cela, après le démarrage commercial de l’usine.

Les écologistes attendent de voir
Sur les ondes télé et radio, sept collectifs environnementaux ont été associés à la signature du pacte. Il s’agit d’une erreur, puisque « n’ayant ni participé, ni été consultées (...), les associations ne peuvent avoir donné leur accord », précisent, d’une seule voix, Action Biosphère, l’ASNNC, Codefsud, Corail vivant, Ensemble pour la planète, Point zéro et WWF.
Les deux syndicats des pêcheurs du Sud, qui avaient participé à la mobilisation contre le tuyau de rejet en mer, sont sur la même position. Plus largement, le monde associatif non coutumier a été « surpris » et « retourné » par l’accord trouvé par Goro Nickel, les coutumiers du Sud et Rheebu Nuu. « On est un peu sonnés, on va lire le pacte et voir ce qu’on va faire », reconnaît un militant.
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