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Patrimoine









Jeudi 23 octobre 2008


La terre de parole devient terre d’écrit



De nombreux représentants du monde coutumier et des institutions étaient présents pour ce passage de témoin hautement symbolique, orchestré par Roland Nyikeïne, chargé de mission de l’aire coutumière Drehu.
La réunion officialisant le poste d’Officier public coutumier a eu lieu à Wé, samedi dernier, sous le faré de la province des Iles. Un passage de témoin hautement symbolique.

Le pas est sauté ! Depuis environ 1860, en effet, les gendarmes étaient requis pour rédiger les procès-verbaux de palabre. Mais, comme l’a souligné le commissaire délégué à la province des Îles, « Ce n’est pas là leur fonction. » Désormais il appartiendra donc à un Officier public coutumier de s’y employer. Une tâche délicate, car l’ancien système garantissait une vraie neutralité. C’est peu ou prou ce qu’a rappelé le juge du tribunal de Wé, Augustin Jobert : « Ce changement, sur le plan juridique, exigera un gros travail de préparation, de précision et beaucoup d’objectivité. »
Cet officier public coutumier sera un agent de la Nouvelle-Calédonie, désigné pour établir et conserver les actes coutumiers (anciens PV de palabre), ceci dans les conditions prévues par la loi du pays en date du 15 janvier 2007 et relative aux actes coutumiers. Ces derniers prennent d’ailleurs leur source dans une volonté politique qui fait suite aux accords de Nouméa. Et l’acte coutumier sera doté d’un statut lui accordant une pleine force juridique.
Il reviendra à Marie-Jeanne Hnacipan (28 ans), née à la tribu de Qanono, à Lifou, de prendre en charge la lourde succession de la gendarmerie. La jeune femme, titulaire d’une licence en droit obtenue à l’université de Lyon, pourra compter sur les autorités gouvernementales qui se sont engagées à lui apporter leur soutien moral, matériel et technique.

« Cela implique de ma part de prendre du temps et d’analyser minutieusement les dossiers »

Consciente du poids de ses responsabilités, elle se sent cependant prête à remplir cette tâche : « J’aurai à retranscrire les décisions coutumières dans des actes coutumiers qui auront valeur d’actes authentiques. Cela signifie concrètement que les décisions prises par les autorités coutumières seront revalorisées puisqu’il sera plus difficile de les contester. Cela implique aussi de ma part de prendre du temps et d’analyser minutieusement les dossiers. »
Au cours de cette réunion, le président de la province des Îles, Neko Hnepeune, accompagné de nombreux responsables des aires coutumières, dont Pierre Zeoula, grand chef du Gaïca, a remercié les représentants du gouvernement ainsi que les gendarmes pour le travail accompli jusqu’ici. Il a également mis l’accent sur le fait que « maintenant la balle est dans notre camp ».




 Marie-Jeanne Hnacipan, qui aime le relationnel, la lecture et les voyages, est consciente du poids de ses responsabilités, mais se sent « prête à travailler pour (mon) pays.


  Les conditions de travail 
Martin Hamu, Directeur des affaires administratives et juridiques, ainsi que Régis Vandegou, Directeur des affaires culturelles et coutumières, expliquent les conditions dans lesquelles Marie-Jeanne Hnacipan exercera ses fonctions : « Cet agent sera installé dans un bureau, au sein de la tribu de Jozip. Un panneau indicatif, en bord de route, signalera sa présence. Elle aura à sa disposition tous les moyens modernes de communication lui permettant d’être très mobile. Nous souhaitons qu’elle jouisse d’un cadre de travail serein car elle devra bientôt instruire dix-sept dossiers en cours. Elle devra porter sur ses épaules de lourdes responsabilités. Tout ce qu’elle fera sera contresigné par le chef de clan et les parties intéressées auront un délai d’un mois pour exercer un recours. »
  Le processus à suivre 
- Les intéressés (le chef de famille, demandeur, le chef de clan, le petit chef, le grand chef) doivent aller voir le petit chef de leur tribu qui leur donnera un formulaire à remplir avec une enveloppe pré-affranchie et l’adresse de l’officier public coutumier.
- L’intéressé remplit le dossier et l’envoie par la poste à l’officier public coutumier.
- Dès réception, l’officier contacte l’intéressé afin d’instruire le dossier.
-  L’officier retranscrit par écrit les palabres et fait signer le procès-verbal par les intéressés.
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